« 21 août 1848 » [source : BnF, Mss NAF 16366, f. 281-282 ], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4935, page consultée le 02 mai 2026.
21 août [1848], lundi matin, 8 h.
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, mon adoré petit Toto, bonjour. Tu es resté bien peu hier mais mon cœur te sait bon gré de ce peu là car il lui a fait grand bien. Aujourd’hui je ne te verrai pas davantage probablement et il faudra bien encore que je m’en contente et que je me trouve heureuse bon gré mal gréa. Je ne te fais pas un reproche d’aller ce soir dîner à Saint-James, bien loin de là, mais je voudrais que tu trouvasses enfin le temps de dîner avec moi avant l’hiver venu. Voilà plus de six mois que tu me promets cette fameuse culotte et que tu me tiens les pouces serrés sous ce prétexte et cependant il n’y a pas plus de culotte que sur ma main et mes pauvres pouces commencent à s’engourdir et à perdre connaissance. Le froid et la pluie arrivent à grand pas et je n’aurais pas la plus petite culotte pour leur faire face. Enfin je suis très en train de grogner et si je me retiens c’est par égard pour votre titre de représentant du peuple et dans l’espoir de partager un jour très prochain vos vingt-cinq francs de subvention1. En attendant je bisque, je rage, je mange du fromage et je voudrais être au diable… avec vous. Sur ce baisez-moi et attendez-vous à une fière moue si vous ne me donnez pas ma culotte cette semaine.
Juliette
1 L’indemnité quotidienne d’un représentant du peuple était de vingt-cinq francs.
a « bon gré malgré ».
« 21 août 1848 » [source : BnF, Mss NAF 16366, f. 283-284], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4935, page consultée le 02 mai 2026.
21 août [1848], lundi matin, 10 h.
Je fais mes préparatifsa pour
aller te trouver, mon doux adoré, j’espère y arriver sans trop souffrir quoique mon
pied ait encore une excessive sensibilité1. Mais comme je mettrai des grands brodequins
tout défoncés je pense que cela ne me fera pas de mal. D’ailleurs tant pire, cela
ne
me regarde pas. Ce qui me regarde, ce qui me touche, ce qui me plaît, ce qui m’est
nécessaire, c’est de te voir. Le reste m’est égal. Je consentirais à fourrer mon pied
dans un soulier trop étroit et à faire cinq lieues à pied aujourd’hui pourvu que tu
sois avec moi et que le but soit une .
Malheureusement ça n’est pas possible et
voilà ce qui fait mon chagrin. Quand donc, mon Dieu, cela sera-t-il possible ? Voilà
bien longtemps que cette affaire est pendante devant nous
sans que nous venions à bout de la redresser et d’en faire une chose respectable.
Il
me semble que si tu y mettais un peu de bonne volonté cela ne serait pas ainsi.
Allons, Toto, un peu de courage, à la poche ! Laissez-vous aller tout doucement au Moulin Rouge et même beaucoup plus loin. Vous n’en aurez pas
de regret vous verrez. Il n’y a que le premier PLAT qui coûte, les autres se mangent
tout seuls. Essayez-en je vous en prie, je vous en supplie, et je vous adore.
Juliette
1 Juliette Drouet souffre du pied depuis le 17 août 1848.
a « préparatif ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
